Extrait 2

C’est au retour d’une de mes balades quotidiennes en Grèce, sur ma plage favorite, que j’ai eu droit à la vision la plus inattendue et la plus cocasse qu’on puisse avoir de la randonnée. J’étais allongé dans le sable, balade et baignade terminées, pour me reposer et jouir des caresses du soleil, quand je vis un grand escogriffe venir dans ma direction, sur la crête de la dune. Il marchait avec des bâtons, du type de ceux que l’on utilise pour le ski de fond, et qu’une nouvelle mode fait employer également aux randonneurs adeptes de « marche nordique ». Mon bonhomme avançait rapidement, d’un pas alerte, une belle allure pour cette heure du jour déjà très chaude. Un chapeau de paille lui couvrait la tête, il portait un petit sac à dos léger et des chaussures de randonnée en toile et croûte de cuir. Mais surtout, il était nu, totalement nu, tout aussi nu que moi qui étais allongé dans le sable. Nu avec ses bâtons de marche, ses godasses et son rucksack ! Un nudiste en randonnée, ou alors un randonneur naturiste ! Le spectacle était totalement incongru, et je dus me retenir d’applaudir pour manifester bruyamment mon enthousiasme devant ce délire. Mais le bonhomme ne semblait voir rien ni personne, il avançait parfaitement à l’aise, alternant les mouvements de balancier de ses bras, qui imprimaient bien sûr le même rythme soutenu à ses bourses, qui ballottaient entre ses jambes. Un sacré spectacle !

De retour en France, quelques mois plus tard, je découvris que j’étais un bleu en matière de naturisme. J’avais dû rater un épisode de cette époque formidable dans laquelle nous vivons. On appelait cela de la « randonue », une pratique née dans les pays nordiques, où le naturisme est courant, et qui commençait aussi à se répandre en France. Libé avait bien sûr consacré un dossier à cette pratique nouvelle, on pouvait trouver des photos et des vidéos sur Internet, et y lire témoignages et interviews.

Certes, mon « randonudiste » était ridicule, avec son accoutrement, ses bâtons et son sac à dos. Aller nu pour s’encombrer de tout cet attirail, il y avait là quelque chose de totalement contradictoire. Mais, ces considérations mises à part, sa marche tout nu était plutôt sympathique. Marcher dans le plus simple appareil, ne pas s’encombrer de vêtements, n’était-ce pas ajouter au plaisir de la marche celui de sentir son corps en harmonie avec les éléments, comme j’en faisais moi-même l’expérience tous les matins dans ma promenade et la baignade qui la concluait ? Alors, s’il n’y avait pas le sac qui coupe les épaules, s’il n’y avait pas la peur des insectes, des ronces, des coups de soleil, s’il n’y avait pas la peur de rencontrer quelqu’un, la peur d’être ridicule, après tout, pourquoi pas ? 

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